MonPsy, un dispositif controversé peu suivi par les psychologues

Profession le 22 juin 2022

Le dispositif « MonPsy » avait été annoncé en grandes pompes en septembre 2021, à l’occasion des Assises de la santé mentale et de la psychiatrie. Depuis avril, l’annuaire en ligne qui recense les psychologues volontaires nous donne une idée à date du nombre de psychologues conventionnés aujourd’hui. Très loin de faire l’unanimité, les objectifs - et les chiffres - confirment l’adhésion minime des psychologues libéraux …

 

Le pré-bilan du dispositif gouvernemental destiné à « [construire] avec les médecins le parcours de soins en santé mentale de demain, dans une approche collaborative au bénéfice des patients » demeure en demi-teinte.

Depuis février dernier, la plateforme de candidature a été lancée pour les psychologues volontaires, mais les conditions demeurent problématiques. Les objectifs affichés par le gouvernement sont clairs : « [Les psychologues] contribueront ainsi à améliorer l’accès à une prise en charge psychologique, notamment pour des publics qui ne pouvaient pas auparavant consulter pour des raisons financières. »

De son côté, Olivier Veran, alors ministre des solidarités et de la santé, avait déclaré : « “MonPsy”, c’est donner à chaque Français qui en éprouve le besoin l’accès à un professionnel capable de l’accompagner. On parle ici de prendre en charge la souffrance mentale mais aussi de la prévenir, d’apporter au plus grand nombre une réponse pratique à travers un dispositif inédit pour notre sécurité sociale. C’est le premier pas vers une société qui fait attention à elle-même sur le plan psychique, et que nous opérons collectivement après une crise qui a pu bouleverser nos repères, nos certitudes et pour beaucoup d’entre nous nos vies même. Je sais compter sur l’engagement dès aujourd’hui des psychologues qui contribueront à cette petite révolution pour la santé mentale de nos compatriotes ».

Moins de 2000 psychologues au niveau national

Malgré ces argumentaires, les psychologues ne semblent pas pleinement convaincus par ce dispositif. En effet, au niveau national, comme l’a relevé le SNP (Syndicat national des psychologues) dans un communiqué, le taux d’adhésion représente 4,46 % des libéraux, et ne dépasse pas les 2% dans certaines régions. 1366 ont été conventionnés dans le cadre de MonPsy[1], et sont dès lors présents dans l’annuaire accessible en ligne. « Le processus de candidature reste ouvert et s’effectue en continu. Actuellement, plus de 500 candidatures complémentaires sont en cours d’instruction », nous a répondu le ministère des solidarités et de la santé. Le SNP a qualifié d’ « imposture » ce dispositif : « [C’est] une menace pour l’accès équitable aux soins psychologiques pour les patients. C’est un effet d’annonce qui masque une réduction des possibilités de psychothérapie. On assiste ainsi à une carence de postes dans le service public qui est gratuit et accessible ». Le communiqué du syndicat, qui rejoint la position du collectif Manifeste Psy et de la Convergence des psychologues en lutte, appelait dès lors à boycotter ou se désinscrire du dispositif.

Pour rappel, les conditions sont strictes et la mobilisation des psychologues contre ces modalités est très importante : l’orientation préalable d’un médecin par le biais d’un courrier d’adressage ; 8 séances remboursées par année civile avec des conditions d’accès restreintes aux troubles dépressifs ou anxieux, légers à modérés.

Autre inconnue, le maillage territorial : contacté par Le Journal des psychologues, le ministère des solidarités et de la santé n’a pas été en mesure de communiquer pour l’heure des données en matière de répartition des psychologues impliqués, entre les bassins urbains et les campagnes. Ceci laisse peut-être présager des « déserts » de psychologues conventionnés sur certains territoires. Le secrétariat du ministère a précisé : « Un rapport d’évaluation est prévu d’ici 2024 pour éventuellement adapter ce dispositif pérenne. En particulier, il s’agira de compléter le dispositif en y ajoutant éventuellement une « seconde brique », dédiée aux troubles plus sévères, et donc aux psychothérapies. Au vu des enjeux en termes de qualité des soins et d’articulation entre les différents dispositifs spécialisés déjà en place, des travaux sont encore nécessaires avec la profession pour avancer sur le parcours de prise en charge pour des patients présentant des critères de gravité. » Malheureusement, pour l’heure, rien n’est dit sur le faible taux d’adhésion des psychologues et de l’ensemble même du dispositif que certains psychologues considère comme anti-déontologique. Une forte mobilisation de diverses organisations professionnelles et syndicales de psychologues [2] a eu lieu dans différentes villes le 10 juin contre ce dispositif et contre les mesures gouvernementales qui ont égrené ces deux dernières années (arrêté du 10 mars 2021, « chèques psy », …).
Dans le même temps, certaines mutuelles complémentaires ont annoncé la fin du remboursement des consultations de psychologie, renforçant encore davantage un accès aux soins à deux vitesses.

 

Guillaume Bouvy

 

[1] Chiffres au 23 mai 2022 fournis par le ministère.

[2] https://appeldu10juin2022.blogspot.com/

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