Charles Melman : un grand nom de la psychanalyse disparaît

Actualités professionnelles le 5 décembre 2022

Charles Melman est décédé le 20 octobre dernier à l’âge de 91 ans, au terme d’une vie dont il a consacré la plus grande partie à la psychanalyse. Psychiatre de formation, analysé par Lacan, il devient un de ses élèves parmi les plus proches. Membre de l’Ecole freudienne de Paris (EFP), fondée par Lacan après son exclusion pour non conformisme de L’Association psychanalytique internationale (IPA), il en assure la responsabilité des enseignements et en dirige la revue Scilicet (« Tu peux savoir »). Après la mort de Lacan, en 1981, plusieurs de ses proches, en désaccord avec l’orientation de son héritier légal, quittent l’École de la cause freudienne. De ceux-là, Charles Melman, dans la confusion des scissions et des attaques qui traversent le milieu lacanien, décide de fonder, en 1982, l’Association freudienne, avec quelques autres dont Claude Dorgeuille, Jean Bergès, Marcel Czermak. Mouvement fédérateur qui deviendra Association lacanienne internationale (ALI), en 2002, regroupant aujourd’hui plus de 600 membres, en France et dans le monde.

Au sein de cette association il suscitera la mise en place de nombreux groupes de travail, séminaires, journées d’études, congrès... et assurera pendant plus de quarante ans un séminaire reprenant, commentant, discutant, sans dogmatisme l’enseignement de Lacan qu’il a ainsi contribué à transmettre en France et à l’étranger. Il en suscitera également la transcription intégrale (réservée aux membres pour des questions de droit) des séminaires dont la publication officielle tarde et est toujours inachevée. Ses propres séminaires transcrits par ses élèves font également l’objet d’une publication en poche aux éditions Érès. Grâce à ses grandes qualités de clinicien, il a été l’un des premiers à entendre les profondes modifications psychiques en cours dans notre civilisation occidentale et à en tirer les leçons dans son livre d’entretien avec Jean-Pierre Lebrun L’homme sans gravité [1].

Dans le même souci de transmission, il fonde en 2010 lÉcole pratique des hautes études en psychopathologie (EPHEP) afin de proposer à de futurs cliniciens une formation en psychopathologie et psychanalyse qui a disparu dans l’enseignement de la plupart des universités. Il fut encore présent dans le champ social, celui des toxicomanies avec ses propositions audacieuses, celui de la prise en charge psychanalytique précoce de l’autisme avec l’association PREAU ou encore par son audience dans le débat sur la législation des psychothérapies qui a permis à la psychanalyse de garder son indépendance et sa spécificité et, dernièrement sur La dysphorie de genre [2]. Il a ainsi, jusqu’à son dernier souffle, avec sa vivacité et son énergie, œuvré à la transmission et au maintien de la psychanalyse et laissé à ceux qui l’ont suivi le sens de la responsabilité qui, désormais, leur incombe.

 

Norbert Bon

Psychologue, psychanalyste

Président de l’École de Nancy pour la psychanalyse (ALI)

 

 

[1] Melman Ch., 2002, L’homme sans gravité, Jouir à tout prix, Entretiens avec Jean-Pierre Lebrun, Paris, Denoël.

[2] Melman Ch, Lebrun Jean-Pierre, 2022, La dysphorie de genre, Toulouse, Érès.

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