Evolution du quotient intellectuel : de quoi nourrir le débat

Actualités professionnelles le 27 juillet 2018

Le 11 juin dernier, la revue PNAS1 publiait une étude de deux chercheurs norvégiens (Bratsberg et Rogeberg, du Ragner Frisch Centre for Economic Research d’Oslo) qui n’a pas manqué de provoquer quelques remous. Abondamment relayée dans les médias, certains ont interprété cette recherche comme une nouvelle mise en évidence d’un effet Flynn inversé (baisse globale du Quotient intellectuel (QI) sur la population étudiée). Cette étude nécessite cependant d’être analysée plus en profondeur afin de ne pas céder aux conclusions hâtives. En effet, le but des auteurs était ici d’orienter leur recherche afin de tenter de comprendre les causes.

En 1984, J. Flyn, professeur en sciences politiques à l'université d'Otago (Nouvelle Zélande), publiait une étude dans les colonnes du Psychological Bulletin permettant de constater une hausse significative du QI chez les américains puis dans d’autres pays développés entre 1932 et 1978. Ce phénomène sera ainsi nommé « effet Flynn ». Depuis, plusieurs études tendent à démontrer une inversion de cet effet, c’est à dire une baisse du QI constaté dans plusieurs pays. En 2016, E. Dutton, D. Van der Linden et R. Lynn faisaient paraître dans Intelligence une revue de littérature indiquant, par exemple, une baisse de l’ordre de 3,8 points par décennies en France par exemple.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la recherche dont il est question ici. Portant sur une cohorte de jeunes conscrits norvégiens, l’originalité du procédé fut d’étudier la variation du QI au sein de familles. Ne décelant pas de différence significative entre les résultats intra familiaux et ceux de la cohorte globale, les auteurs concluent donc que l’effet Flynn et son pendant inversé sont issus de causes environnementales. Si les auteurs tentent d’avancer des hypothèses possibles, comme la baisse des valeurs éducatives, ils se gardent d’êtres catégoriques sur ce sujet.

Le consensus est donc loin d’exister sur la question, cette dernière faisant l’objet de débats passionnés. L’existence même de l’effet Flynn inversé est contestée. Pour d’autres, de telles études font renaitre les tentations d’apporter des explications eugénistes, notamment en lien avec les phénomènes migratoires actuels.

Une situation complexe, dont l’article du Huffpost publié le 17 juin permet d’avoir une bonne vision globale.

Au delà de ce débat d’idée, il pourrait être intéressant dans ce contexte de s’interroger sur notre conception même de ce qu’est l’intelligence et sur la façon dont nous évaluons celle ci. En effet, les technologies actuelles, la façon dont nous avons accès à l’information n’ont elles pas modifié notre mode d’adaptation à l’environnement ? Un recul qu’il semble nécessaire de garder afin de bien appréhender toute la portée de ce dont il est question ici.

Benoit Catel.


1 Proceedings of the National Academy of Science of United States of America

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