Nouvel haro sur la psychanalyse

Actualités professionnelles le 20 novembre 2019

Une tribune publiée en octobre enjoint les tribunaux et les universités à ne plus recruter de professionnels formés à la psychanalyse.

L'histoire de la psychanalyse est émaillée d'attaques virulentes à son égard. S'y répètent inlassablement une accusation de non-scientificité, voire de charlatanerie et un rejet de la place donnée à la sexualité dans l'approche développée par Freud. Ces dernières années ne sont pas en reste, avec entre autres le succès du Livre noir de la psychanalyse paru en 2005, ou les vives polémiques qui ont sévi dans le champ de l'autisme.

La tribune intitulée « La psychanalyse, ou l'usage illégal de la médecine » et publiée le 22 octobre dans le Nouvel Observateur, s'inscrit dans cette veine. La pétition qui lui a été associée réunit à ce jour plus de 900 signatures de professionnels de santé[1]. Elle qualifie la psychanalyse d'approche idéologique fondée « sur des postulats obscurantistes et discriminants, sans aucune validation scientifique », et regrette que des personnes « [utilisent] les diplômes de médecine et de psychologie » pour en diffuser les thèses. Elle réclame l'éviction des psychanalystes tant des tribunaux (où ces derniers peuvent être sollicités en tant qu'experts psychologues ou psychiatres) que des postes d'enseignement à l'université. Les étudiants confrontés à ces enseignants seraient « placés en danger d'emprise sectaire » et les patients « [mis] en danger ».

Choqués par la violence des accusations, quatre psychologues et psychiatres ont réagi dans l'Obs le 28 octobre en rappelant la scientificité de la démarche analytique, son appui constant sur l'expérience clinique, et la reconnaissance dont elle a fait l'objet à travers le monde. Soulignant la complexité du sujet et l'impossibilité de localiser la conscience à travers l'imagerie cérébrale, ils revendiquent des résultats obtenus non par des statistiques, mais au travers des « innombrables témoignages de ceux à qui la psychanalyse a permis de vivre ». Les signataires qualifient de leur côté les approches « expérimentales » d'essentiellement « rééducatives », mais néanmoins susceptibles d'accompagner « le traitement de fond de la souffrance psychique ». Une manière de relancer l'opposition traditionnelle entre tenants des neuro-sciences et de la psychologie comportementale, et les psychanalystes.

Une autre réponse est parue dans l'Obs le 1er novembre, relayée par une pétition qui recense aujourd'hui plus de 21000 signatures : celle des membres du Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse (SIUEERPP). Eux se refusent à rentrer dans une quelconque opposition entre disciplines. Ils déplorent la méconnaissance profonde et injurieuse de la psychanalyse dont témoigne la tribune du 22 octobre et la prétention de ses auteurs à détenir l'apanage de la vérité scientifique. Ils convient ces derniers à « ne pas appeler inconsidérément à une chasse aux sorcières là où la modestie s’impose, là où la diversité des savoirs et des pratiques constitue pour chacun, patients, familles et proches, la meilleure garantie de soins ou d’expertises ».

Laetitia Darmon.

 

[1]Cette pétition a été doublée d'une autre destinée à tous les citoyens, intitulée « Pourquoi les psychanalystes doivent être exclus des tribunaux », qui a récolté plus de 2200 signatures.

Partage sur les réseaux sociaux

Abonnez-vous !

pour profiter du Journal des Psychologues où et quand vous voulez : abonnement à la revue + abonnement au site internet

Restez Connecté !

de l'actualité avec le Journal des Psychologues
en vous inscrivant à notre newsletter