La réforme LMD en psychologie à l’université Paris X-Nanterre. Sa mise en œuvre en psychopathologie et psychologie clinique

Le Journal des psychologues n°230

Dossier : journal des psychologues n°230

Extrait du dossier : L’examen psychologique : intérêt et renouveau
Date de parution : Septembre 2005
Rubrique dans le JDP : Université > Cursus
Nombre de mots : 2200

Présentation

Depuis la création d’une université à Nanterre, il y a plus de quarante ans, et l’ouverture de son département de psychologie, sous l’impulsion de Didier Anzieu bientôt rejoint par Robert Francès, Jean Maisonneuve et René Zazzo notamment, les étudiants ont trouvé une formation en psychologie leur permettant de se confronter aux différents paradigmes et de se préparer aux différents secteurs des pratiques de la psychologie.

Détail de l'article


À l’occasion de la réforme LMD, après d’autres réformes intervenues entre-temps, les nouvelles maquettes préparées par la psychologie à Nanterre, qui ont été habilitées par le ministère de l’éducation nationale, montrent la permanence de cette volonté de maintenir et de renouveler en même temps une offre de formation consistante et ouverte sur les différentes approches et spécialisations en psychologie, en psychopathologie et psychologie clinique notamment. Avec les années, certaines sous-spécialités pointues se développent normalement, en psychologie comme dans tous les domaines de l’univers des connaissances. Il appartient aux universités de proposer des formations continues pour les enseigner et de résister à l’émiettement des formations, au morcellement des contenus et à leur dilution dans des programmes fourre-tout qui appauvriraient et déprofessionnaliseraient les cursus.

 

Rappel des principes généraux de la réforme IMD
Pour s’inscrire dans les orientations et directives ministérielles de la réforme LMD, l’organisation des enseignements a dû s’adapter à un nouveau schéma. L’architecture des études est fondée sur trois grades et trois niveaux de sortie :  la licence, le master et le doctorat. Les diplômes intermédiaires antérieurs, DEUG et maîtrise, sont maintenus pour une durée transitoire. Les formations sont organisées en semestres. Chaque semestre d’étude est affecté de trente crédits : en licence, six semestres sont à valider, soit, au total, cent quatre-vingts crédits. En master, quatre semestres sont à valider, soit, au total, cent vingts crédits. Les deux cycles L et M nécessitent d’avoir validé trois cents crédits en tout. Ces « crédits » sont appelés ECTS (European Credit Transfer System), soit des crédits européens capitalisables et transférables d’une université à une autre dans l’union européenne notamment.

 

Dans son principe, la grande nouveauté est que l’étudiant, au fil des semestres, peut composer  et choisir son parcours individualisé de formation pour la licence, puis pour le master, en fonction des exigences de la spécialité de sortie à laquelle il veut aboutir. Pour construire son parcours, il peut changer d’université au cours de ses études et d’un semestre à l’autre. Il devient davantage acteur de sa formation. Bien entendu, cette ouverture et cette circulation doivent se faire en prenant conseil, car, s’il y a une harmonisation administrative de l’architecture des études dans l’union européenne, on observe parfois de fortes disparités d’un pays à l’autre, selon l’histoire du développement des disciplines dans chaque pays, ainsi que des différences d’une université française à une autre.

 

Dans la réforme LMD, les maquettes des enseignements sont obligatoirement adossées aux équipes d’accueil (EA) avec les laboratoires de recherche qui les composent et qui travaillent selon leurs propres domaines et programmes de recherche. Les formations sont ainsi « pilotées » par des équipes d’enseignants-chercheurs.

 

Mise en place de la réforme pour la spécialité de psychopathologie et psychologie clinique à l’université de Paris X-Nanterre
En psychopathologie et psychologie clinique, nous travaillons dans le cadre de l’équipe d’accueil appelée « Corps, liens, cultures », CLIPSY (EA n° 3460). Elle est un centre de recherche qui regroupe deux laboratoires de recherche : celui de psychopathologie, le « LASI » : Laboratoire de psychopathologie psychanalytique des atteintes somatiques et identitaires », et celui de psychologie clinique, le « Laboratoire de psychologie clinique des faits culturels ». Les deux laboratoires sont bien différenciés par leurs recherches, mais aussi par leur champ épistémologique. Le paradigme de la psychanalyse est central dans le Laboratoire de psychopathologie psychanalytique des atteintes somatiques et identitaires (LASI) qui propose une compréhension des phénomènes morbides ainsi qu’une méthode d’investigation en partant de ce modèle. Ce laboratoire tient à une ouverture constante aux neurosciences et à l’anthropologie.


La plupart des membres du Laboratoire de psychologie clinique des faits culturels ont en commun le choix épistémologique et méthodologique de privilégier dans leurs recherches le paradigme de la recherche empirique, concrétisé en psychologie clinique par le recours systématique aux entretiens et aux instruments de la clinique « armée » pour aborder les manifestations psychopathologiques.

 

Au niveau des trois années de la licence, les enseignements de base en psychologie sont évidemment préservés en correspondance avec les différentes sous-disciplines de la psychologie, dont notre spécialité. L’équipe des enseignants-chercheurs de psychologie a proposé des maquettes d’enseignements qui tiennent compte des axes de recherche développés au sein de leur laboratoire de recherche selon les prescriptions du ministère : pas d’enseignement qui ne soit appuyé sur des recherches réalisées par les enseignants-chercheurs eux-mêmes. Les maquettes ont été discutées puis approuvées par le conseil de l’UFR des sciences psychologiques et des sciences de l’éducation, puis par les instances centrales de l’université, avant d’être soumises à expertise dans les instances du ministère de l’éducation nationale et d’être habilitées par lui.
Ainsi, à l’université de Paris x-Nanterre, la spécialité psychopathologie et psychologie clinique du master professionnel, mention psychologie, est adossée à l’EA 3460. Les trois parcours d’enseignements en master qu’elle a mis sur pied, présentés ci-après, sont :
• « Psychopathologie psychanalytique des nouvelles désorganisations psychiques (du nourrisson, de l’enfant et de l’adulte) » ;
• « Psychopathologie psychanalytique des atteintes somatiques et identitaires (du nourrisson, de l’enfant et de l’adulte) » ;
• « Psychologie clinique : méthodes d’évaluation et d’intervention ».
Les parcours de master qui ont été conçus et regroupés en les coordonnant dans la spécialité psychopathologie et psychologie clinique visent à donner les connaissances et les compétences cliniques et psychopathologiques nécessaires à la compréhension des phénomènes psychopathologiques, que leurs expressions soient psychiques ou somatiques chez l’adulte, l’enfant et le nourrisson.
Ils préparent à l’exercice professionnel des psychologues recrutés dans les centres de soins hospitaliers, généraux ou spécialisés, en particulier dans les services de médecine (plus précisément ceux qui concernent les maladies chroniques, les urgences et la périnatalité). Ils préparent à exercer dans les services d’addictologie, dans les lieux d’accueil sociaux, médicosociaux, médicoéducatifs, ainsi que dans les diverses institutions qui organisent la prise en charge des troubles psychopathologiques.

 

Les trois parcours d’enseignement
Les deux premiers « parcours » d’enseignement reflètent précisément les deux axes principaux de recherche du LASI ; le troisième parcours est en rapport avec l’axe de recherche principal du Laboratoire de psychologie clinique des faits culturels .

 

Parcours 1 : « Psychopathologie psychanalytique des nouvelles désorganisations psychiques (du nourrisson, de l’enfant et de l’adulte) »
La psychopathologie des nouvelles désorganisations recouvre des états et conduites limites avec leurs troubles de la représentation et leurs problèmes de régulation économique de l’appareil psychique. Dans ce contexte, les conduites addictives (toxicomanies, alcoolisme, anorexie-boulimie, addictions aux jeux, aux images, etc.) sont considérées comme des formes pathologiques de l’homéostasie psychosomatique. L’étiopathogénie de ces désorganisations est rapportée au continuum des situations traumatiques qui concerne les états de détresse du nourrisson carencé jusqu’aux excès d’excitations liés aux traumatismes dus, d’un côté, aux accidents et aux catastrophes et, de l’autre, aux différents sévices sexuels.
Les objectifs de cet enseignement sont l’acquisition :
• de la compréhension métapsychologique approfondie des nouvelles désorganisations ;
• de l’évaluation individuelle de ces patients ;
• d’une bonne connaissance théorique et épistémologique de la prise en charge psychothérapeutique de ces patients.

 

Parcours 2 : « Psychopathologie psychanalytique des atteintes somatiques et identitaires (du nourrisson, de l’enfant et de l’adulte) »
La qualité de ce parcours a été reconnu par le Haut conseil franco-algérien universitaire de recherche et d’enseignement. Il a été organisé avec les collègues du Laboratoire de recherche d’anthropologie psychanalytique et de psychopathologie (LAPP) de l’université d’Alger dans une version centrée sur les souffrances psychiques rencontrées dans ce pays. à la rentrée prochaine, il doit s’ouvrir à l’université d’Alger.
Le sujet ayant une atteinte somatique grave (sida, cancer, insuffisance rénale, diabète) peut présenter de grandes souffrances psychiques liées à la maladie et aux soins médicaux. Un sujet peut manifester sa souffrance psychique par des symptômes somatiques. Ces formes de mal-être psychique sont abordées dans cet enseignement – ce qui donne à l’étudiant une spécialisation très recherchée actuellement.
Ce parcours prépare largement l’étudiant à travailler avec des patients ayant des maladies somatiques graves. Il comprend également un enseignement de la psychosomatique, en particulier celle du nourrisson.
Les objectifs de cet enseignement sont l’acquisition :
• de la compréhension métapsychologique approfondie des atteintes somatiques ;
• de l’évaluation individuelle de ces patients ;
• d’une bonne connaissance théorique et épistémologique de la prise en charge psychothérapeutique de ces patients.

 

Parcours 3 : « Psychologie clinique : méthodes d’évaluation et d’intervention »
Sur la base de la compétence psychopathologique assurée par les UE du tronc commun, il propose une formation théorique et pratique spécialisée dans la pratique de l’évaluation dans le secteur clinique (évaluation individuelle à visée diagnostique et pronostique, évaluation des psychothérapies et des soins) et une formation aux concepts et méthodes des psychothérapies centrées sur le symptôme : psychothérapie de soutien, psychothérapies brèves d’inspiration psychanalytique ou psychodynamique, thérapies cognitivo-comportementales, thérapies stratégiques et systémiques, hypnothérapie, relaxation.
Les objectifs de cet enseignement sont l’acquisition :
• d’une formation spécialisée dans le domaine de l’évaluation individuelle permettant d’apporter une compétence spécifique dans le travail collectif de diagnostic et d’indication de traitement effectué par les équipes pluridisciplinaires œuvrant dans les secteurs de la psychiatrie et de la médecine ;
• des connaissances théoriques et techniques permettant de s’engager rapidement dans une formation postuniversitaire à la pratique d’une psychothérapie.
 

Les originalités à prendre en compte
Il y a des originalités dans chaque master proposé que l’étudiant doit bien repérer afin de pouvoir choisir de façon éclairée ses parcours.
Les enseignants de l’EA 3460 soulignent la présence de plusieurs points forts dans l’ensemble formé par les enseignements fondamentaux communs et les programmes spécialisés des trois « parcours » :
• La présence de deux « noyaux durs ». D’abord, « les régulations de stage et les entretiens cliniques » qui sont, en temps et en crédits, très importants (trois heures par semaine et neuf crédits) montrant l’attachement des universitaires de l’EA 3460 à une réflexion clinique en profondeur sur les stages, ainsi qu’à l’utilisation la plus fine possible par l’étudiant de l’outil fondamental qu’est l’entretien clinique. Il va de soi que la qualité des stages, leur diversité, leur durée, vont de pair avec les exigences qui viennent d’être mentionnées.
Ensuite, le second « noyau dur » concerne la formation à la recherche qui a un poids identique et conduit même en master professionnel à faire un mémoire de recherche. En effet, nous constatons presque quotidiennement qu’un psychologue clinicien qui connaît bien la méthodologie de recherche a actuellement beaucoup plus de chances de trouver rapidement une insertion professionnelle intéressante.
• Les deux premiers parcours proposent  un volume important d’enseignement de « consultations d’adultes, d’enfants et de parents avec leur nourrisson », travaillées à partir de bandes vidéoscopiques. Au total, cette partie de l’enseignement a doublé par rapport aux anciennes maquettes.
• Toujours dans ces deux premiers parcours est introduit un enseignement sur le nourrisson qui nous semble être unique en France.
• L’enseignement sur les « atteintes somatiques » du parcours 2 sur deux ans est aussi une particularité nanterrienne. Il constitue un pôle de recrutement et de recherche important.
• Le parcours 3 propose une haute spécialisation en évaluation individuelle en ayant introduit ce qui est aussi unique en France : un ensemble d’enseignements sur les principes et procédés des prises en charge psychothérapeutiques et sur l’évaluation des psychothérapies.
• Les trois parcours ont organisé un enseignement sur l’approche des psychothérapies : pour les deux premiers parcours, cela concerne la théorie et l’épistémologie des psychothérapies psychanalytiques et, pour le troisième, les psychothérapies brèves centrées sur le symptôme quelle que soit leur orientation théorique. Nous proposons en deuxième année de master un choix diversifié d’enseignements libres qui permettent à l’étudiant de commencer à approfondir ses connaissances sur différentes prises en charge psychothérapeutiques : psychodrame psychanalytique, clinique des groupes, observation E. Bick, médiations thérapeutiques, thérapies cognitivo-comportementales, approche stratégique et systémique, relaxation.
Last but not least, ce qui paraît central dans cet enseignement concerne aussi l’ouverture proposée à deux champs épistémologiques bien différents qui coexistent pacifiquement dans leurs différences.

 

Développer l’excellence de la formation !
Ainsi, l’ensemble de ce dispositif permet de former des psychologues cliniciens de haut niveau aptes à se professionnaliser rapidement dans les champs d’exercice nouveaux et dans les secteurs spécialisés en développement rapide.
Alors que les demandes de soins psychiques ne diminuent pas, au contraire, alors que pour des raisons que nous n’approfondirons pas ici, le pays n’a pas formé suffisamment de psychiatres dans les années écoulées, les psychologues doivent développer l’excellence de leur formation. C’est l’option que nous avons choisie à Paris x-Nanterre en nous appuyant sur les orientations et les exigences de  la réforme LMD. Nous avons  transformé et amélioré significativement la formation des futurs psychologues en intégrant notamment les derniers développements, dont les recherches en psychopathologie psychanalytique et en psychologie clinique, auxquels les enseignants-chercheurs de l’EA 3460 tentent de contribuer activement.   

 

Pour les enseignants-chercheurs de l’EA 3460 :
Patricia Attigui, Françoise Couchard, Dominique Cupa,
Djaouida Petot, Jean-Michel Petot, Gérard Pirlot, André Sirota

Pour citer cet article

 ‘‘La réforme LMD en psychologie à l’université Paris X-Nanterre. Sa mise en œuvre en psychopathologie et psychologie clinique‘‘
URL de cet article : https://www.jdpsychologues.fr/article/la-reforme-lmd-en-psychologie-a-l-universite-paris-x-nanterre-sa-mise-en-oeuvre-en

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