Le siècle de Freud

Le siècle de Freud

Zaretsky Eli

Informations sur le livre

Editeur : Albin Michel
Année de parution : 2008
ISBN : 978-2-226-17911-1
Nombre de pages : 561


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Présentation de l'éditeur

Le Siècle de Freud raconte une aventure intellectuelle mondiale sans précédent : la psychanalyse. Explorant l'évolution de «l'intériorité», une expérience ancrée dans les processus modernes d'industrialisation et d'urbanisation, Eli Zaretsky, professeur à la New School for Social Research of New York, apporte une interprétation du freudisme et une vision de son histoire, depuis la découverte de l'inconscient jusqu'à aujourd'hui, totalement inédites. Dans cet ouvrage fondamental, déjà traduit dans de nombreux pays, l'auteur affirme la force d'émancipation de la pensée analytique, sans nier la validité de certaines critiques à son encontre. Si la psychanalyse a joué un rôle essentiel des années 1920 aux années 1960, dans les mouvements de libération des femmes ou les revendications des homosexuels, elle a aussi pu conforter les tendances conservatrices, alimentant les controverses dont elle était l'objet. Au point d'être perçue comme une pseudo-science dont la survie est désormais en question. «Une contribution brillante, minutieusement documentée pour resituer l’œuvre de Freud dans son contexte culturel ; un formidable projet historique dont la psychanalyse avait cruellement besoin.»

Notre avis

Freud, jeune homme méconnu, sans appui et sans réputation, écrivait pourtant à sa fiancée Martha, en 1885, alors qu’il se trouvait à Paris : « J’ai détruit tous les documents, toutes les notes de ces dernières années. Je voulais t’annoncer cette bonne nouvelle qui va faire le malheur de tas de gens pas encore nés, mes futurs biographes… » Et il en eut.
L’« officiel », Ernest Jones, fit partie du comité secret chargé par S. Freud de défendre ses idées. Les trois tomes qu’il mit vingt ans à rédiger demeurent la vulgate obligée de tous les freudiens, même si elle pèche par son parti pris qui contribua à discréditer les dissidents, tels A. Adler, C. G. Jung, O. Rank et même S. Ferenczi.
Les historiographes qui lui succédèrent, à l’exception de Peter Gay (1) qui reste fidèle à la biographie stricto sensu avec quelques accents hagiographiques, choisirent une vision singulière et originale pour raconter l’homme et son œuvre. Ainsi en est-il de Franck Sulloway (2), Henri Ellenberger (3) ou de livres critiques comme ceux de Paul Roazen (4) ou encore Jeffrey Moussaieff Masson (5), pour ne citer que les plus célèbres.
Eli Zaretsky, dans cet ouvrage, relève quant à lui brillamment le défi en restituant l’impact réciproque du freudisme, de la culture et de l’histoire sociopolitique, du siècle des Lumières à nos jours…
Il nous montre notamment comment le concept de bisexualité, en légitimant l’universalité des ­tendances homosexuelles, apporta de l’eau au moulin de mouvements contestataires comme le féminisme ou la lutte des homosexuels.
La première femme psychanalyste fut Margarete Hilferding, en 1910, alors que les facultés de médecine demeuraient le plus souvent interdites aux femmes. Lou Andréa Salomé, dont on connaît l’importance ultérieure auprès de S. Freud et de la psychanalyse en général, écrivait la même année Die Erotik, véritable révolution culturelle des genres.
Si la politique ne passionnait pas S. Freud, certains de ses disciples, A. Adler et W. Reich, se firent ensuite les apôtres d’un véritable rapprochement. En septembre 1918, le premier congrès des analystes après la Grande Guerre se tint à Budapest sur l’invitation du gouvernement socialiste de Bela Kun et avait pour but de préparer « la thérapie de masse » nécessaire au prolétariat.
Rappelons que, pour S. Freud, à l’époque, pour être analyste, il fallait une formation psychologique qui allait devenir l’analyse didactique et « un regard d’homme libre ».
Son voyage aux États-Unis avec C. G. Jung et S. Ferenczi allait inaugurer une ère nouvelle dans l’expansion de la psychanalyse pour le meilleur et pour le pire.
Selon l’auteur, « l’inconscient sera au centre de toute invention moderniste ». Les concepts freudiens envahissent la culture et inspirent artistes et écrivains. « Notre Ford ou notre Freud, comme pour quelque raison impénétrable, il lui plaisait de s’appeler chaque fois qu’il parlait de questions psycho­logiques », ainsi s’exprime Aldous Huxley dans un livre prémonitoire, A Brave New World, improprement traduit en français sous le titre Le Meilleur des mondes. La psychanalyse devint-elle la « nov langue » de la deuxième révolution industrielle ?
En France, les surréalistes y font sans cesse référence, même si S. Freud tient A. Breton, L. Aragon ou encore A. Artaud en piètre estime. Sont hostiles le catholicisme, le marxisme et le positivisme scientifique, sans compter les fascismes. La théorie évolue sous l’impulsion de Melanie Klein et de ses élèves, W. R. Bion, M. Balint et D. W. Winnicott. Les mères archaïques se substituent au père castrateur de la horde primitive que J. Lacan réhabilitera à sa manière, en utilisant la linguistique, le structuralisme et les mathématiques. Mais, aux États-Unis, la médicalisation abusive de la psychanalyse fut la source de son déclin en favorisant le développement des neurosciences et des techniques behavioristes plus objectivables.
La thèse centrale du livre est que la découverte freudienne se partage entre un courant médicalisé centré sur l’adaptation de la personne à la société. Ainsi, « les psychothérapies allaient devenir les servantes de la société de consommation », et une approche réflexive, voire contestataire de soi et de tous les phénomènes culturels. À ce titre, la psychanalyse ne serait pas récupérable. Il nous reste à « inventer de nouvelles institutions si nous voulons préserver le travail accompli ».
Pour conclure, il s’agit ici d’un ouvrage encyclopédique et qui, de surcroît, permet aux praticiens de penser leur action. Je ne saurai trop le recommander. Tout au plus peut-on reprocher à Eli Zaretsky certaines erreurs vénielles de dates ou d’autres plus importantes comme la création de la Société psychanalytique de Paris (SPP) avec Jacques Lacan en 1936, alors qu’elle fut créée en 1926, et sans J. Lacan. Il est vrai que la France est loin de l’Amérique.
Au xxie siècle aurons-nous un nouveau S. Freud qui nous permettra de continuer à penser la réalité psychique tout en nous évitant, au stade pourrait-on dire des « neurones miroirs », le triste sort de Bernard, le psychologue héros malheureux du « meilleur des mondes ».

Jean-Pierre Chartier

 

Notes
1. Gay P., 1991, Freud, une vie, Paris, Hachette.
2. Sulloway F. J., 1998,
Freud biologiste de l’esprit, Paris, Fayard.
3. Ellenberger H. F., 2001,
Histoire de la découverte de l’inconscient, Paris, Fayard.
4. Roazen P., 1997,
Mes rencontres avec la famille de Freud, Paris, Le Seuil.
5. Masson J. M., 1984,
Le Réel escamoté. Le renoncement de Freud à la théorie de la séduction, Paris, Aubier.

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