Les fous d’en face. Lecture de la folie ordinaire

Les fous d’en face. Lecture de la folie ordinaire

Marie Pierre

Informations sur le livre

Editeur : Denoël
Année de parution : 2005
ISBN : 2-207-25659-6
Nombre de pages : 184


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Présentation de l'éditeur

Ancien médecin-chef des hôpitaux psychiatriques, psychanalyste, membre d'Espace analytique, Pierre Marie nous apprend à déchiffrer notre folie quotidienne...

Notre avis

Pierre Marie nous livre sa Lecture de la folie ordinaire dans un style particulièrement limpide. Il s’agit, cette fois – après Psychanalyse, psychothérapies : quelles différences ? –, d’une analyse comme toujours fort pertinente des différents modes d’organisation de notre personnalité. Pour prendre ses distances avec le vocabulaire de la psychopathologie, dans cet ouvrage qui s’adresse de façon stratégique au plus grand nombre, l’auteur n’en est pas moins rigoureux, réussissant à allier lisibilité et subtilité : avec une apparente bonhomie, il nous promène, tranquillement mais sûrement, à grand renfort de références littéraires et cinématographiques, entre névrose, psychose et perversion. Il illustre malicieusement, pour chacun des dialectes parlés dans ces grandes organisations, la spécificité du rapport à l’autre :
• dans l’hystérie : quête du « plus », séduction et soumission à la demande supposée de l’autre ;
• dans la névrose obsessionnelle : mise au service de l’autre ;
• dans la phobie, dont le lien avec le sentiment religieux est souligné : évitement de l’autre.
Du côté des psychoses, il rend compte de la paranoïa et de la schizophrénie comme participant aussi de cette folie ordinaire, et montre bien les moments de bascule possible dans ces univers.
La question de la dépression également symptomatique de notre modernité jusqu’à son paroxysme mélancolique est aussi très finement analysée.
Enfin, la perversion, terme dont on use et abuse, est encore une fois franchement et clairement remise à sa place. Pierre Marie nous dit très bien ce qu’elle n’est pas, ce qu’on lui prête abusivement et ce qui la signe : assurément, la propension à mettre l’autre à mal. Il montre comment le pouvoir, en tant qu’il mène souvent à la perversion de l’autorité, participe de la pulsion de cruauté qui conduit à annuler l’autre.
Tous ces petits tableaux très accessibles et très parlants sont campés dans leur articulation au social, l’auteur montrant parfaitement comment le néolibéralisme triomphant entretient de façon cynique nos petites et grandes folies. Il met très bien en évidence l’extrême difficulté pour chacun de nous, de se dégager de l’attente supposée de l’autre pour espérer pouvoir assumer son désir.
Par rapport à ce dernier défi à relever, il en vient en toute logique à réaffirmer la différence radicale entre psychothérapie et psychanalyse. Rien d’étonnant si cette dernière fait régulièrement, et peut-être de plus en plus, l’objet des attaques que l’on connaît : c’est que l’enjeu est de taille – arrachement du sujet à ce qui l’aliène, désabonnement à l’Autre – et a de quoi mettre en péril le système si bien dénoncé dans ces pages.
C’est tout le tranchant de l’analyse qui est donc ici réaffirmé sans avoir l’air d’y toucher. On lira avec intérêt, plaisir, en nous moquant à l’occasion de nous-mêmes… et, en même temps, avec la plus grande gravité, ce petit essai fort réussi qui balaie au passage quelques idées reçues. Voilà qui devrait faire mouche longtemps.

Anne Bourgain

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