L’originaire au cœur de l’adoption

Résumé

Quelles sont les demandes portées par les enfants adoptés dans la quête de leurs origines ? Quels sont les enjeux en cause dans la nécessité existentielle d’obtenir de tels renseignements ?

Introduction du dossier

Adoption : l’histoire d’un secret

 

L’infanticide était une pratique banale sous l’Antiquité et pendant une partie du Moyen-Âge. Ce n’est que dans la seconde moitié du XVIe siècle qu’on le distingua nettement de l’abandon ; seul ce dernier permettait à la femme de ne pas être condamnée à mort. Une augmentation rapide du nombre des enfants abandonnés s’ensuivit pour lesquels saint Vincent de Paul créa, en 1638, l’œuvre des Enfants trouvés. Napoléon généralisa la pratique du « tour », ingénieux mécanisme permettant aux mères de se séparer de leur enfant dans l’anonymat le plus complet. Ainsi naquit l’abandon secret et irréversible qui donna aux génitrices le droit d’entrer officiellement dans l’ombre. Ultérieurement, la loi du 27 juin 1904 supprima les tours et organisa le service des enfants assistés. 
Jusqu’en 1966, les conditions d’abandon restèrent légalement imprécises, certains enfants pouvaient être abandonnés sous secret, tandis que d’autres étaient abandonnés sans disposition secrète. Il était d’usage dans tous les cas de cacher l’existence d’une adoption, de telle sorte que le secret répondait à une préoccupation sociale. L’État conféra alors une existence juridique à ce secret en l’imposant aux enfants abandonnés et à leurs familles d’origine : la loi du 11 juillet 1966 sur l’adoption plénière créa une nouvelle et complète filiation qui se substituait à la filiation d’origine. Le secret du placement, conséquence de cette rupture définitive, se transforma en secret sur les origines. Une « tradition du secret » s’installa au sein de l’administration, au nom de l’intérêt de l’enfant et du « respect » de la mère. 
Sous l’influence anglo-saxonne, un mouvement actif est apparu pour « l’accès aux origines ». Récemment, la loi du 22 juillet 2002, relative à l’accès aux origines des personnes adoptées et des pupilles de l’État, a institué le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP). Le secret de l’abandon n’est aujourd’hui plus absolu.
Quelles sont les demandes portées par les enfants adoptés dans la quête de leurs origines ? Quels sont les enjeux en cause dans la nécessité existentielle d’obtenir de tels renseignements ?

Les articles du dossier

Désir d’origines, aux origines du désir

La législation française a institué un droit au secret des origines en organisant la rupture complète des liens entre les parents d’origine et l’enfant. Elle méconnaît totalement l’intérêt pour la constitution identitaire de l’enfant d’être inscrit dans son histoire singulière. Pourquoi ? (Lire la suite)

Le CNAOP au cœur du dispositif de l’accès aux origines personnelles

La loi du 22 janvier 2002 a institué un Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP) dont Madame le Boursicot est la secrétaire générale. Elle décrit ici le double champ d’intervention du CNAOP et analyse les résultats d’un fonctionnement de trois ans. (Lire la suite)

Le secret et la recherche des origines

Comment l’enfant se construit-il ses origines ? Cette question qui n’est pas spécifique à l’enfant adopté n’en est pas moins centrale dans cette problématique et nécessitera de mettre en perspective l’histoire de son passé, l’histoire qu’il vit actuellement avec ses parents et l’histoire réelle et fantasmatique de ses parents. (Lire la suite)

Quelle place accorder à la question des origines dans le cadre de l’adoption ?

En illustrant son propos par une situation clinique, l’auteur montre que la place donnée à la problématique des origines est relative et chaque fois singulière. Malgré la médiatisation qui peut en être faite, en réalité, la recherche des origines n’est pas un besoin inné lié à l’adoption. (Lire la suite)

Adoption, le mal des origines

Un jour surgiront tôt ou tard les questions essentielles de l’enfant à ses parents : « Comment es-tu devenu fils ou fille de ? Et pourquoi m’as-tu adopté ? » Il peut être nécessaire alors de « rejouer » sur une scène thérapeutique nouvelle une forme de régression vers la phase de l’illusion recréatrice. (Lire la suite)

Adoption : entre déni et omniprésence de l’originel

« L’originel », c’est-à-dire l’histoire de l’enfant antérieure à l’adoption, concerne les différents acteurs de celle-ci d’une manière chaque fois spécifique. L’auteur en analyse les différents aspects pour mieux en saisir le sens et comprendre comment le processus d’adoption s’en trouve affecté. (Lire la suite)

Bibliographie du dossier

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