La psychothérapie familiale à l’épreuve de l’adolescent

Résumé

L’entrée dans l’adolescence des enfants est un moment qui est souvent envisagé par les parents comme la fin d’une période peu conflictuelle, voire aconflictuelle, et le début d’une autre beaucoup plus houleuse et inquiétante. Ainsi entend-on dire dès son jeune âge, lorsque l’enfant s’oppose à ses parents : « Qu’est-ce que ça va être à l’adolescence ? »

Introduction du dossier

Adolescence : Qui est-ce qui fait la loi ici ?

 

L’entrée dans l’adolescence des enfants est un moment qui est souvent envisagé par les parents comme la fin d’une période peu conflictuelle, voire aconflictuelle, et le début d’une autre beaucoup plus houleuse et inquiétante. Ainsi entend-on dire dès son jeune âge, lorsque l’enfant s’oppose à ses parents : « Qu’est-ce que ça va être à l’adolescence ? »
Vécue comme une fatalité et une crise de laquelle seuls ceux qui ont de la chance réchappent, l’adolescence est une période attendue (au tournant) avec l’idée que les premiers signent annonceront la période des hostilités pour un temps qui dépendra de causes mystérieuses, à moins que ce ne soient la majorité légale ou le baccalauréat qui viennent y mettre un terme.
La fin de la période de latence et les premiers signes avant-coureurs de l’adolescence (que ce soient les transformations physiques pubertaires ou les changements de comportements ou de modalités relationnelles) est très chargée en matière de fantasmes, des points de vue individuel (pour le sujet et les membres de la famille) comme groupal (essentiellement, le couple parental et le groupe familial). La famille tout entière s’en voit remaniée sur fond de projections qui font le lit, bien souvent, à une précipitation de conflits inter et intra générationnels dans lesquels les parents sont bien sûr fortement impliqués, mais qui sont surtout les révélateurs des conflits non élaborés de leur propre histoire, soudain réactualisés et peut-être remaniés grâce à l’adolescence de leur(s) enfant(s).
Ceux-ci sont d’ordres individuels, mais aussi conjugaux et, bien sûr, viennent remettre en lumière la filiation et le rapport de chacun avec ses parents réels et imaginaires.
L’accès imminent de leur(s) enfant(s) à une sexualité « adulte » est le moteur de ces modifications et de la remise en œuvre d’une « fantasmatisation » qui avait pu trouver un certain silence pendant la première enfance puis la latence de leur enfant.
Ce qui avait pu être qualifié de « forte personnalité » chez l’enfant prépubère devient avec la puberté la manifestation d’une attaque (donc de danger) vis-à-vis des géniteurs.
La crainte d’être dévoré par ses propres enfants à la manière du père de la horde primitive se retrouve dans le discours des parents d’adolescents qui consultent.
Pour certains, la certitude du parricide et l’impuissance sont telles que la seule solution envisageable est celle d’une vengeance anticipatoire sous la forme d’une recrudescence de l’autorité qui prend la forme d’une interdiction et d’un refus à toute demande de l’adolescent qui serait perçue par le ou les parents comme une situation à risque (qui mettrait un des membres ou toute la famille en difficulté).
La négociation de la distance « suffisamment bonne » à l’adolescence est un sujet que l’on rencontre fréquemment dans la clinique et qui confronte particulièrement les professionnels à leur capacité contenante.

 

Note de la rédaction :

Les articles du dossier « La psychothérapie familiale à l’épreuve de l’adolescent » émanent du colloque Psyfa (Psychanalyse et famille), qui s’est tenu le 9 septembre 2006, à Paris.

 

Les articles du dossier

Soutiens narcissiques à l’adolescence

Lorsque des parents consultent pour leur adolescent, le soutien narcissique est au cœur de la fonction thérapeutique tant pour l’adolescent lui-même dans la logique de la demande que pour les parents. La question du cadre et de son aménagement engage la créativité du thérapeute. (Lire la suite)

Quels dispositifs pour l’adolescent et sa famille ?

Thérapie individuelle, familiale, suivi parental… Le thérapeute familial se trouve toujours confronté au choix du dispositif thérapeutique lorsque la demande de consultation adressée par les parents concerne la crise adolescente de l’un de leurs enfants. (Lire la suite)

L’adolescent et la relation père-fils dans les générations

L’adolescence réactualise les enjeux du lien père-fils œdipien mais aussi préœdipien. Les désirs incestueux et parricides du père et du fils sont alors réactivés. De la résolution de ceux-ci dépend la disparition de troubles potentiels liés à la proximité réelle et fantasmatique entre le père et le fils. (Lire la suite)

Le leurre comme symptôme des contenants généalogiques troués

L’auteur nous fait partager et « perce-voir », en termes qui sont habituellement utilisés dans le registre de l’image, ses représentations des impacts auxquels le groupe familial tout entier est soumis lors de l’adolescence. (Lire la suite)

Le corps comme espace transitionnel entre exigence familiale et sociale, et le désir d’autonomie du sujet

À l’adolescence, les repères familiaux et corporels sont toujours remaniés. Pour certains jeunes en souffrance de contenant familial, les arts martiaux et les règles imposées par ces activités physiques groupales favorisent la canalisation du trop-plein pulsionnel. (Lire la suite)

L’aide psychologique aux parents des adolescents qui fument du cannabis

La consommation de cannabis par les adolescents suscite des réactions plus ou moins violentes chez leurs parents. Si « la maladie de la confiance » s’installe, elle conduit à une impasse relationnelle. Les entretiens familiaux offrent un espace pour restaurer le dialogue. (Lire la suite)

Bibliographie du dossier

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